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Fribourg n° 2

Bulletin des élus verts d’avril 2005

mercredi 27 avril 2005

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La dégradation des conditions de vie constatée depuis plusieurs décennies dans les quartiers, issus de l’urbanisation des années 60-70, a amené les décideurs (élus, opérateurs publics et privés etc.) à se pencher sur ce problème de plus en plus aigu. Evitant soigneusement d’aborder de front les causes les plus politiquement sensibles (chômage, pauvreté, acculturation, émigration de masse…) tous les efforts intellectuels comme financiers se sont portés sur l’aménagement urbain et les conditions de logement. La démolition-reconstruction est l’approche qui semble emporter les suffrages d’une majorité de décideurs à Dijon comme dans de nombreuses autres communes françaises. Les habitants n’ont guère leur mot à dire dans ces choix. Serait-ce leur appartenance à un groupe social étiqueté négativement (chômeurs, immigrés, « rmistes »..) qui leur retire le droit d’exprimer leurs souhaits en la matière ?

Pourtant des exemples de démocratie participative existent et doivent nous permettre d’envisager d’autres façons de faire. Si à Fribourg nous avons constaté ce que pouvait être une politique municipale résolument « écologique » (énergie, transports..), nous avons aussi pris quelques leçons de démocratie.

Qu’il s’agisse de l’aménagement du quartier Vauban ou de la réhabilitation du quartier Weingarten, les deux projets ont été conçus avec la participation active des habitants, et ce dès les phases de conception des projets.

Pour Vauban, 300 à 400 habitants potentiels du futur quartier ont été consultés dès les phases de pré-projet. Ils ont fortement souhaité que leur futur quartier laisse la priorité aux piétons, vélos et transports en commun en minorant drastiquement l’espace dédié à la voiture : tout le quartier est en Zone 3O, les rues desservant les logements sont en Zone 20, le stationnement y est interdit en-dehors des parkings en entrée de quartier de 200 places chacun. Conséquemment, environ 50% des habitants ne possèdent pas de voitures… Par ailleurs, ils ont aussi participé à la mise au point du règlement d’urbanisme du quartier : règles architecturales, charte graphique des couleurs, conception des espaces verts, besoin en équipements publics etc.…

L’aménagement du quartier est en phase de finition : le tramway doit le desservir au cours de l’année. Axe fort du quartier, celui-ci a été entièrement conçu autour de l’équipement dès le début (première maison construite en 1998). Les habitants continuent à s’impliquer, ils bénéficient d’une Maison de quartier ouverte à tous, gérée par l’association de quartier : elle permet les rencontres, les discussions, les validations sur les évolutions possibles du quartier. Les 2 écoles et les 2 jardins d’enfants sont d’une conception architecturale évolutive permettant de les transformer en « centre de jeunes » afin d’accompagner l’évolution de la démographie du quartier. En effet les habitants sont conscients que la sociologie très homogène de leur quartier pourrait avoir des effets pervers. Même classe d’âge (35/45 ans), niveau classe moyenne supérieure, peu de logements sociaux, peu de personnes âgées, pas de logements étudiants (plusieurs projets avortés) : l’évolution dans le temps ne sera pas forcément aisée.

Pour Weingarten, si la problématique est différente, l’implication des habitants est la même. Quartier typique des années 70 maillé de tours, de barres d’immeubles plus ou moins hauts, plus ou moins longs, on y est peu dépaysé pour peu que l’on connaisse Fontaine d’Ouche, Chenôve ou les Grésilles. La première phase de réhabilitation a débuté en 1994 et porte sur 800 logements, 2500 habitants de 60 nationalités différentes. Un conseil de réhabilitation a été mis en place au début de la démarche regroupant élus, locataires et opérateurs (offices H.L.M. et autres). Il est chargé de la définition des travaux nécessaires. Les besoins identifiés par les locataires ne correspondant pas toujours aux orientations des financeurs, les relations ne sont pas toujours faciles, mais les expertises donnent souvent raison aux locataires. Les travaux ont essentiellement porté sur la recherche d’une meilleure performance énergétique (avec une baisse sensible des charges à la clef), une meilleure isolation phonique et l’amélioration esthétique des parties communes. Nous avons visité la première tour réhabilitée il y a dix ans, et le parfait état d’entretien des parties communes pouvait porter à croire que le chantier était terminé de la veille. La présence de travailleurs sociaux habitant eux-mêmes le quartier permet d’accompagner en permanence le dispositif. La mise à disposition d’appartements communautaires dans chaque immeuble participe certainement de la responsabilité de chacun à la qualité de vie de tous. Les habitants décident eux-même de la destination des ces appartements : bibliothèque, fêtes, réunions, bricolage, café Internet etc., tous les habitants du quartier y ayant accès. Autre forme de démocratie participative : les voisins de paliers et des étages proches sont consultés pour donner leur avis quant au futur locataire d’un logement vacant : les commissions d’attributions proposent quelques candidats, les voisins potentiels les rencontrent, les informent sur les règles de vie commune (se dire bonjour, s’aider, l’appartement communautaire, heures de bricolage, etc..). Au nouveau de dire s’il accepte ou pas ces règles, aux autres de choisir d’un commun accord telle ou telle famille. Les commissions d’attribution suivent en général l’avis des habitants et chacun se sentant responsable de l’autre, les choses se passent bien. D’ailleurs le taux de vacance dans ces logements avoisine O%… A l’O.P.A.C., il est de 4,31 % (chiffre février 2004).

Produire des logements de qualité en nombre est un des défis majeurs de la (voire des) décennie à venir. Permettre à tous d’y avoir accès n’est que justice. Les grands projets urbains spectaculaires dans lesquels les premiers concernés ne sont pas écoutés ne sauraient suffire à répondre aux besoins des habitants. A l’heure où, les offices HLM rejettent des candidats pour non-solvabilité les renvoyant ainsi dans les mains de marchands de sommeils peu scrupuleux, n’y a-t-il pas d’autres moyens que ces déconstruction-reconstructions (de toute façon déficitaires en nombre de logements) sur-médiatisées ? Quel processus fait que ces quartiers soient devenus « sensibles » ? Le travail sur la qualité urbaine n’aura de sens et d’effet que s’il est accompagné d’autres politiques : lutte contre le chômage, revenus décents, qualité des emplois, accompagnement social et culturel, accès à des services publics de qualités (éducation, santé, etc…). Ce travail ne pourra se faire qu’en lien étroit avec une population à qui on aura rendu la parole et surtout qui ose la (re)prendre.

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