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Bulletin des élus Verts n°14, janvier 2006

Vieillir ici et aujourd’hui, quelques propositions

Christine Durnerin

samedi 21 janvier 2006

Suite à l’article du bulletin n°13, voici quelques pistes pour répondre aux interrogations soulevées sur la façon de vivre sa vieillesse et les lieux de vie qui lui sont consacrés.
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Vieillir, c’est être plus disponible, vieillir c’est être plus lent, vieillir c’est aussi être plus fragile. C’est donc être en rupture avec une société qui privilégie l’accélération du temps, signe d’argent. Vieillir c’est donc être mis sur le bord de la route par une société qui ne se soucie de ses « vieux » que par le biais de politiques purement sanitaires et sociales. Cette approche est largement fondée sur une représentation erronée de la vieillesse : coût, dépendance, maladie…Alors que les personnes âgées vivent de plus en plus longtemps sans être malades. Que faire pour définir avec les personnes concernées la place qu’elles souhaiteraient occuper, et celle que la société souhaiterait qu’elles occupent.

Des lieux de vie

  • A domicile : La majorité des personnes âgées souhaiteraient, cela n’étonnera personne, pouvoir continuer à vivre chez elles. Souhaiter continuer à vivre le plus longtemps possible, dans un environnement familier dans lequel on a ses repères, ses souvenirs, son tissu social, semble un désir légitime. Cette préférence se trouve confortée par les orientations des politiques publiques en faveur de cette solution. Alternative au placement en institution, le maintien à domicile est, bien souvent, présenté comme LE moyen idéal de faire diminuer le nombre de personnes âgées en attente de placement.

Mais quel sens cela a-t-il quand l’état de santé de la personne l’empêche de sortir de chez elle ? Ne s’agit-il pas là d’une sorte de peine d’enfermement à laquelle cette personne se trouve « condamnée », en étant coupée de tout lien social hormis les personnes venant la voir ?

La crise que le logement connaît actuellement ( logement privé trop cher, logement social trop rare, offre de logement public ou privé inadaptée aux moyens et aux besoins des demandeurs…) touche aussi les personnes âgées. Elles ont en effet besoin de logements adaptés à leurs situations diverses. Toutes ne souffrent pas de handicaps physiques ou psychologiques avérés, pour autant l’âge à tendance à limiter l’autonomie d’une personne. Les travaux d’entretien d’une maison ou d’un jardin ne se vivent pas de la même façon à 60 ou 80 ans. Déplacer un container à ordures ménagères peut devenir problématique ainsi que grimper sur un tabouret pour faire ses carreaux.

Le maintien à domicile peut être bien vécu grâce à des dispositifs d’accompagnements dignes de ce nom . Services à la personne selon son autonomie : gros travaux ménagers ou autres, entretien quotidien du domicile, entretien du linge, soins à l’animal de compagnie, courses, confection de repas, soins d’hygiène…

Ces services tendent à se multiplier sur des bases associatives ou institutionnelles ( les C.C.A.S, le plus souvent). Il s’agit d’emplois d’avenir, pour l’instant insuffisamment reconnus pour la valeur ajoutée sociale qu’ils procurent. Ces personnels peu diplômés (C.A.P., B.E.P., etc.) ont souvent une tâche difficile et délicate à accomplir. Elles, car il s’agit en majorité de personnel féminin, doivent accomplir correctement le service demandé, en établissant de bonnes relations avec leurs « clients », trop souvent elles ne sont plus que leur seul lien avec l’extérieur. Ce sont des métiers qui doivent être revalorisés tant en terme d’image qu’en terme financier.

  • L’institution doit se réinventer en s’appuyant sur les désirs des pensionnaires. La nécessité du placement à des origines diverses et variées selon les personnes et leur environnement. Elle est bien souvent la seule solution pour des familles qui ne peuvent assumer seules la charge d’une personne âgée et qui souhaitent la savoir dans un milieu « sécurisé ».

Mais l’Institution, (quelque soit son nom : E.H.P.A.D., foyer-logement, maison de retraite…) peut être génératrice de violence à la personne par son fonctionnement propre. Le meilleur exemple en la matière étant le rythme de vie imposé par les contraintes des horaires du personnel. Ce sont ceux-ci qui imposent les heures de repas, qui imposent les heures de lever et de coucher, qui imposent les temps de loisirs. Comment faire correspondre des rythmes de travail avec des rythmes de vie ? Installer dans son lit une personne dépendante demande du temps et du personnel. Cela se fait au moment où le personnel est encore nombreux, le plus souvent entre 18 et 20 heures, créneau qui correspond peu aux rythmes biologiques habituels. Trouver un juste milieu entre ces deux formes d’hébergement, voilà l ’enjeu pour l’avenir :

  • Des appartements partagés avec quelques personnes fonctionnant sur le mode « pension de famille », proposant un accueil permanent ou ponctuel. Ouverts sur la vie du quartier, gérés par du personnel qualifié, disséminés dans tout le tissu urbain, ils peuvent ainsi répondre à des enjeux de mixité sociale et générationnelle,

Les institutions pourraient être pensées différemment : si l’état de santé des personnes rend parfois incontournable le placement en institution médicalisée, il n’est pourtant pas obligatoire que celle-ci fonctionne fermée sur elle-même. Au contraire en s’ouvrant sur la vie d’un quartier elle peut y participer de manière pleine et entière. Permettre l’installation de commerces, de services ouverts à l’ensemble du quartier permet d’apporter la vie dans l’institution : coiffeur, bar-restaurant, épicerie de quartier, librairie, tout est possible. A l’inverse, les pensionnaires devraient avoir la possibilité de sortir à leur gré de l’établissement. Ouvrir les activités de loisirs que nombre d’institutions organisent en leur murs aux habitants du quartier, définir celles-ci en complémentarité avec ce qui se fait par ailleurs sur le quartier dans les M.J.C., les centres de loisirs, et permettre aux pensionnaires d’y pratiquer les loisirs qui les intéressent, construirait des liens entre habitants divers d’un même quartier. Dans certains établissements ont été ouvertes des places de crèche, de garderie dans des maisons de retraite. Ces expérimentations fonctionnement bien, et répondent à beaucoup de besoins : besoins de place d’accueil petite enfance, de places d’accueil personnes âgées, économies d’échelles : de bâtiment, de personnel et de moyens. Pourquoi ne pas étendre ce dispositif ? Il répond à tant d’enjeu. Il permet de recréer des liens affectifs entre des personnes que la vie a éloigné de leur propre famille. Cela permet pour les uns « d’adopter » le grand-père ou la grand-mère qui manque, et pour les autres de tisser des liens avec le petit-fils ou la petite-fille de substitution à ceux trop éloignés.

Quelle que soit le type d’hébergement le pensionnaire doit rester maître de sa vie. Il doit être au cœur de tout dispositif et sa voix doit y être entendue au même titre que celle des gestionnaires des établissements. Que les familles puissent se faire entendre est une chose mais les pensionnaires doivent pouvoir exprimer en toute liberté leurs besoins, leurs attentes par rapport à l’établissement d’accueil.

Faudra-t-il attendre l’inauguration de la première Maison de Retraite Auto-gérée pour se rappeler qu’une personne âgée reste avant tout une citoyenne, libre de sa vie ?

Christine Durnerin

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