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Bulletin des élus verts n°15, mai 2006

Les jardins familiaux

Christine DURNERIN

lundi 5 juin 2006

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LES JARDINS FAMILIAUX

L’explosion que les villes ont connu au cours de la deuxième moitié du siècle dernier s’est bien souvent faite au détriment des espaces naturels. Ce qu’on a pris pour habitude d’appeler « espace vert » était le dernier élément à trouver sa place dans les projets urbains. L’espace était en priorité dévolu au logement, aux lieux de travail, à ceux de consommation, aux déplacements entre ces lieux et surtout aux besoins de stationnement de tous ces véhicules. Une fois ces priorités agencées, ce qu’il restait de place pouvait être attribué à l’« espace vert ». Qui trop souvent se trouvait réduit à une pelouse et un arbre souffreteux.

Pourtant la tradition du jardinage en ville est loin d’être récente. Les premiers jardins ouvriers remontent aux prémices de la Révolution Industrielle. Quitter la campagne pour venir travailler à la ville, déjà... Mais tout en ayant la possibilité de cultiver soi-même les épinards qui viendront agrémenter le beurre familial. A cette époque le jardin ouvrier et familial répondait à des enjeux vivriers et économiques, jardiner était une activité utilitaire plus que de loisirs. C’était la possibilité pour une famille de s’approvisionner à peu de frais en légumes et fruits tout au long de l’année. Nécessité d’autant plus grande qu’à l’époque les « Carrefour » et autres « Mammouth » ne cassaient pas les prix à l’entrée de nos villes...

Aujourd’hui il devient patent que nous payons un lourd tribu aux conceptions urbaines qui ont prévalu au cours des trente dernières années. Nos villes sont mortifères, elles ont étouffé l’humain sous le béton, l’asphalte, le bruit et les polluants athmosphériques. Comme pour compenser cela nous montrons un attachement quelque fois exagéré au patrimoine végétal de notre ville. Mais une ville évolue en permanence, les projets urbains d’aujourd’ui n’ont plus rien à voir avec ceux d’hier. L’ordre des priorités a été modifié : concevoir des bâtiments de Haute Qualité Environnementale, privilégier les modes doux de déplacements, penser à la place des espaces végétaux dès la conception du projet devient l’habitude plutôt que l’exception.

Les jardins familiaux ont toujours réussi à perdurer malgré les pressions de tous ordres. En cela ils devaient et doivent encore répondre à de réels besoins. Jardins d’agréments autant qu’utilitaires, ils représentent le lien indispensable qui nous unit à la terre pour tous ceux qui ne bénéficient pas de leur propre jardin. Il paraît que notre rêve à tou(te)s serait une maison avec jardin. Même s’il était accessible à toutes les bourses, il n’en resterait pas moins irréalisable ne serait-ce que d’un point de vue purement foncier : la maison pour tous ne pourrait se construire qu’au détriment des autres usages de l’espace. Étaler des villes à l’infini, éloigner les lieux de résidence des lieux de vie sociale, des lieux de production... Et dévorer ainsi les espaces naturels dont nous avons besoin pour nous nourrir (espaces agricoles), nous récréer (forêts,prairies, montagne) et tout simplement survivre.

Mais vivre en habitat collectif peut s’envisager aussi en maintenant ce lien naturel qui nous unit depuis toujours à la terre nourricière. Bien entendu ce lien s’est fortement distendu au cours des dernières décennies. Combien d’enfants sont-ils surpris lorsqu’ils apprennent que le lait ne vient pas du frigo mais de la vache ? Combien savent qu’une carotte est une racine, et qu’une tomate ne mûrit qu’aux beaux jours ? Et pourtant chacun souhaite renouer un lien plus fort, les listes d’attente d’attribution de parcelle de jardins familiaux en sont la meilleure preuve.

Jusqu’à présent peu valorisés dans le tissu urbain, les jardins familiaux étaient bien souvent installés sur des terrains en attente d’affectation. Ces occupations temporaires n’allant pas sans générer des drames lorsque le temps de l’aménagement arrive. Quelque soit le nombre d’années culturales, devoir abandonner son jardin est toujours un crève-coeur pour un jardinier. Les parcelles assez importantes étaient le plus souvent renvoyées aux périphéries des villes, nécessitant le recours à l’inévitable voiture, puisque le plus souvent mal desservies par les transports en commun.

L’installation de jardins familiaux dans la ville permet de répondre à de nombreux enjeux.

Insérés dans l’espace public, ils viennent animer celui-ci d’une manière complémentaire aux parcs et jardins classiques. Pouvoir observer tout en se promenant le travail des jardiniers est un plaisir des sens : ouïe, vue, odorat, tout y trouve son bonheur. Enjeux de préservation de la biodiversité : cultiver au coeur de la ville des espèces multiples, variées et acclimatées permet de maintenir un patrimoine potager mis en danger par ailleurs. Les oiseaux (notamment les passereaux) ainsi que les insectes y trouveront à la fois nourriture mais aussi abris et lieux de vie : arrivera-t-on à faire revenir le hanneton ? La question n’est pas anodine : l’essentiel des associations de gestion de jardins familiaux se tournent vers des pratiques de cultures de plus en plus naturelles et respectueuses de l’environnement.

Enjeux de citoyenneté : parcelles éducatives confiées à des écoles, parcelles associatives pour publics divers et variés, parcelles individuelles : tout est possible, il suffit d’avoir les bons partenaires, et ils existent. Mais au final seul compte les liens établis autour de l’activité elle-même : solidarité, échanges (de savoir, de recettes), convivialité, mesure du temps et de l’effort nécessaire à faire pousser ses radis. Tout cela peut permettre l’émergence de questionnements quand à nos modes d’alimentation et de consommation : quel sens à la fraise mangée au coeur du mois de décembre ? D’où vient-elle, dans qu’elles conditions a-t-elle été cultivée ? Dans qu’elles conditions a-t-elle été transportée, conservée ? Redécouvrir en saison la saveur des fruits et légumes pouvant être cultivés avec succès dans nos régions représente un enjeu tant économique que de santé publique. A l’heure où nous commençons à mesurer les dégâts que causent trente ans de « mal-bouffe », l’enjeu n’est pas minime.

Enjeux d’urbanisme : penser différemment la ville en y introduisant de façon visible des éléments d’animation décalés par rapport aux usages.

Sans oublier d’autres enjeux peut-être plus lointains, moins évidents. Est-il si incongru d’imaginer que peut-être un jour faudra-t-il rapprocher les sources de production alimentaire des consommateurs ? La fraise d’Afrique du Sud au mois de décembre sera-t-elle toujours aussi peu chère ? Dans ce cas de figure des jardins familiaux en complément d’une agriculture péri-urbaine conservée ne prendront-ils pas une autre dimension ?

Sans attendre cela, à Dijon avec la Fédération des Jardins Familiaux nous partageons ces préoccupations et nous nous donnons les moyens de pérenniser l’existant et d’étendre le nombre de parcelles cultivables. Plusieurs projets sont dans les cartons et devraient rapidement voir le jours. Innovants, passionnants tant par le fond que par la forme qu’ils prendront je vous tiendrais au courant au fur et à mesure de leur avancée.

Christine DURNERIN

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