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A propos du livre de François DUBET

"Injustices - L’expérience des inégalités au travail"

Notes de lecture par Philippe Delvalée

mardi 16 janvier 2007

L’ouvrage du sociologue François DUBET, « Injustices, l’expérience des inégalités au travail » récemment paru permet de nous interroger sur les valeurs inscrites au fronton de notre République.
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« Dans le ciel des idées, l’égalité, le mérite et l’autonomie forment un ensemble de principes fortement intégrés et attachés par des liens nécessaires : notre égalité vient de ce que nous sommes également libres et notre mérite n’est juste que dans la seule mesure où nous sommes libres et égaux.

Or, ce livre le répète - sans doute jusqu’à lasser le lecteur : les jugements de justice se constituent entre des principes autonomes et contradictoires. Les acteurs les adoptent tour à tour sans jamais s’en tenir à un seul d’entre eux. » (p459) Du point de vue de la méthode adoptée (celle de la sociologie), François DUBET montre de manière convaincante que « la polyarchie des principes de justice engendre une dynamique, un système de plaintes organisé selon une logique circulaire de dénonciations et de critiques. »

Il en résulte que les acteurs ne sont pas « dupes », et que tout se passe comme s’ils étaient conscients que la « société juste est fondamentalement déséquilibrée par le conflit des principes de justice. »

Avant de discuter les conséquences pratiques qu’il en tire, revenons rapidement sur les principes de justice tels qu’ils sont présentés pa l’auteur dans l’introduction.

Pourquoi interroger les injustices dans le cadre des relations de travail ? Conscient du fait que nous sommes en marche vers une société post-industrielle, et donc que le travail ne constitue plus le seul univers qui permette d’éclairer l’ensemble des pratiques sociales, François DUBET et son équipe considèrent néanmoins que le travail conserve une place centrale dans les rapports sociaux en ce sens que, tout à la fois

  • il confère un statut
  • il génère une valeur d’échange
  • il permet d’exprimer une activité créatrice. Or, chacun de ces éléments renvoie à un principe de justice.

EGALITE Avant toute chose, il faut se convaincre que « les individus et les acteurs collectifs ne sont guère égalitaristes.

En réalité, ils pensent que bien des inégalités sont justes : il est juste de mieux payer les plus anciens, il est juste de mieux payer les plus diplômés, il est juste de protéger certaines professions, et rien ne dit que les luttes sociales visent plus la réduction des inégalités que le maintien des positions. Dès lors, le problème de la justice est moins celui des inégalités que celui des inégalités injustes, ou, pour le dire plus nettement, celui des inégalités justes. » (p13)

L’égalité au travail n’est donc pas l’égalitarisme.

« Cela renvoie au thème des inégalités acceptables, au salaire minimum, aux minima sociaux, aux inégalités tolérables, aux écarts souhaitables entre les revenus d’assistance et ceux du travail, entre le RMI et le SMIC. » p17

Ce n’est donc pas tant parce que « l’égalité n’est pas assurée que le sentiment d’injustice émerge, c’est parce que les inégalités hiérarchiques légitimes sont violées ». p18 Il n’en reste pas moins que les inégalités excessives restent l’objet de critiques dès lors qu’elles mettent en cause la justesse des inégalités issues de la division normale du travail.

Ainsi, si 2/3 des personnes interrogées jugent normal qu’un médecin gagne 4 fois plus qu’une caissière, 3 personnes sur 4 jugent cela excessif pour un cadre commercial.

Que dire alors des PDG des grandes entreprises cotées qui peuvent avoir des revenus 400 fois supérieurs au SMIC ? Dans cette perspective, ce qui scandalise, ce sont les excès entre les plus riches et les plus pauvres (entre le NORD et le SUD, entre les « protégés » et les précaires).

Cependant, comme il a été dit plus haut, chaque principe de justice trouve lui-même sa propre limite quand les acteurs sont conviés à s’exprimer par rapport à un autre principe de justice. Que devient l’égalité sous le regard du mérite ?

MERITE Chacun d’entre nous est en effet un stratège qui cherche aussi à maîtriser ses propres intérêts dans une situation sociale où il est mis en concurrence avec les autres.

Le travail en tant que valeur d’échange oblige chacun d’entre nous à s’interroger sur la juste récompense de son effort contributif. Or, « le monde du travail est sans doute particulièrement sensible à cette dimension méritocratique des inégalités, dont il faut souligner qu’elle est souvent contradictoire avec les conceptions hiérarchiques des statuts, comme le montre l’exemple banal des tensions entre les qualifications acquises à l’école en amont du travail et les compétences mises en jeu dans le travail, ou bien encore entre l’avancement à l’ancienneté et l’avancement au choix. » p20

« Sans le mérite, il n’y aurait pas d’autres critères que la naissance ou le tirage au sort pour répartir les individus dans une échelle de stratification.

Aussi, les examens, les concours, les compétences, le courage, les divers talents sont-ils considérés comme des équivalents du mérite, même si sur le fond, on peut toujours se demander si les individus sont réellement comptables des qualités qui font les différences interindividuelles. » p21

Se plaçant du point de vue du mérite, les individus vont donc critiquer une égalité qui devient injuste si elle permet aux « paresseux » de gagner autant que ceux qui se donnent du mal dans leur travail.

Ce qui peut même se concevoir dans une perspective marxiste de l’exploitation. « (…) le sentiment d’exploitation désigne le mécanisme et la relation par lesquels les acteurs et les groupes dominants détournent l’efficience du travail pour en faire un bien privé, « égoïste » dépossédant à la fois le travailleur exploité et la société, privée ainsi de la richesse de ce travail. » p24

AUTONOMIE L’autonomie est un avatar [1] de la liberté. Dans le cadre des relations de travail, elle est l’expression du refus de l’aliénation, la recherche de la créativité et de l’épanouissement individuel dans ce qui demeure une part essentielle du temps de la vie humaine. De ce point de vue, « les travailleurs définissent comme injustes les situations et les relations qui les privent de leur créativité, de leur singularité, de leur dignité, dénonçant ainsi toutes les atteintes à la réalisation de soi dans le travail. » p26

Fatigue, usure, ennui, mépris, impuissance sur sa propre activité telles sont les ressentis qui s’opposent au principe de justice vu sous l’angle de l’autonomie.

Les nouvelles organisations du travail comme l’ont montré BOLTANSKI et CHIAPELLO [2] ont cherché à capter cette soif d’autonomie dans le cadre du travail en réseau ou en projet (et y sont en partie, mais en partie seulement, parvenues, mettant souvent à mal des principes organisationnels plus anciens et détruisant du même coup les solidarités organiques forgées dans le cadre de luttes sociales qui mettaient en avant plutôt le principe de l’égalité, voire du mérite).

Conséquences : « au nom de l’égalité, beaucoup trouvent scandaleux qu’il y ait des très pauvres, mais au nom du mérite, ils trouvent tout aussi scandaleux que ces personnes s’enferment dans des systèmes d’assistance : on va alors blâmer la victime qui serait censée se prendre en charge. Et au nom de l’autonomie, on proteste contre l’abdication morale des individus. » écrit F. DUBET dans la revue SH (février 2007).

POLYARCHIE des principes et RONDE des critiques

« Il n’y a pas de principe de justice hégémonique parce que chaque principe mobilise une dimension particulière des rapports sociaux : du point de vue de l’égalité, alter est membre d’une communauté, du point de vue du mérite, il est un concurrent, du point de vue de l’autonomie, il est un sujet. » p30 Certes, ce caractère contradictoire des principes n’est pas nouveau : « Il y a longtemps que la pensée conservatrice s’est efforcée de montrer que le triomphe de la liberté et de l’égalité entraînerait fatalement le déclin de la solidarité au profit des égoïsme exacerbés. TOCQUEVILLE s’est inquiété des menaces que la passion de l’égalité fait courir à la liberté et NIETZSCHE a montré que cette même passion peut détruire la liberté puisque l’Etat peut seul la garantir et que « l’Etat est le plus froid des monstres froids… il ment froidement et voici le mensonge qui sort de sa bouche : moi, l’Etat, je suis le peuple. » p34

Ainsi, chaque principe de justice va-t-il donner lieu à la ronde de critiques. « Du point de vue de l’égalité, le règne du mérite est celui de l’égoïsme, et le triomphe de l’autonomie est perçu comme celui de l’anomie et du désordre moral.

Mais quand le même individu se place du point de vue du mérite, l’ordre hiérarchique de l’égalité apparaît comme un système de castes et de privilèges, alors que l’autonomie engendre un désordre irrationnel. Enfin, quand ce même individu adopte le principe d’autonomie, le mérite est une forme de domination et l’égalité un égalitarisme niveleur. » p40

Conséquence : « Par exemple, on conviendra aisément que les chômeurs sont les victimes d’une grande injustice sociale en termes d’égalité, ce qui n’empêchera pas de soupçonner leur manque de responsabilité au nom de l’autonomie, et de condamner le faible différentiel entre les prestations sociales et le SMIC au nom du mérite.

Et souvent, la même personne forgera les trois images la conduisant à condamner, à la fois, le chômage et ses victimes. » Combien de fois avons-nous fait cette expérience au fil des discussions avec les autres ? Et nous même, n’avons nous pas souvent le sentiment de changer de point de vue selon l’interlocuteur ou la situation qui nous est proposée ? Il en découle que pour beaucoup d’entre nous, « le monde est nécessairement injuste et de plus en plus injuste puisque tous les principes de justice ne peuvent pas être satisfaits simultanément. » p41

ACTION : « Vous pouvez pas NOUS aider à VOUS rendre service ? »

Contrairement à ce que l’on pourrait en déduire un peu trop rapidement, une telle ronde des critiques qui conduit au sentiment que le monde est de plus en plus injuste n’est pas nécessairement favorable à l’action. François DUBET consacre d’ailleurs un chapitre entier (le chapitre 9) à cette question : les injustices et l’action.

« Alors qu’il semble évident que l’action collective repose sur un sentiment d’injustice, nous essaierons de montrer comment les sentiments de justice eux-mêmes peuvent éloigner de l’action. » p366

Outre le fait qu’il existe des inégalités justes, un des freins de l’action est la question suivante(que se pose chacun d’entre nous) : les victimes sont-elles vraiment innocentes ? En effet, très souvent, comme le montre ce raccourci saisissant : « La commisération pour les misérables s’arrête aux Thénardier » p385

Ou comme le révèle ce témoignage : « Les Restaus du coeur, je suis pour parce que je donne, mais si j’allais servir, je gueulerais parce que, quand je vois les gens qui attendent sur le trottoir qu’on décharge les camions et qu’on les serve, moi, je gueulerais : « Vous pouvez pas nous aider ? Vous pouvez pas nous aider à vous rendre service ? » p385 Parmi l’ensemble des autres arguments avancés pour étayer cette thèse, je ne retiendrai que celle-ci qui me semble la plus forte : « Quand la cause des injustices semble tenir au « système » plutôt qu’à des acteurs sociaux identifiables, il peut sembler dérisoire de jeter des pierres contre les cieux. » p367

Nous touchons là, semble-t-il, aux limites de l’analyse sociologique. « Pour que le sentiment d’injustice se transforme en action collective, il faut (…) que les causes deviennent des mises en cause, que la source des injustices ne soit ni strictement technique, ni parfaitement aléatoire, issue des caprices des personnes et des personnalités. » p400

Bien plus, « tout se passe comme si la sphère des sentiments de justice et la sphère des représentations de la vie sociale étaient relativement autonomes. Dès lors, la distance est comblée par des mouvements moraux, nationaux, par des explosions plus ou moins radicales et violentes, bien plus que par des mouvements sociaux se formant directement dans l’expérience de travail. » p407 François DUBET et son équipe relativisent les luttes sociales qui peuvent survenir sur le seul terrain de l’univers de travail : « Les grandes mobilisations sociales semblent marquées par un glissement des luttes proprement sociales vers un terrain national.

Les grèves de 1995, les scores de l’extrême droite, le refus du projet de la Constitution européenne, les réactions autoritaires et nationalistes aux émeutes de novembre 2005 montrent à quel point, dans des registres idéologiques divers et souvent opposés, la défense d’un model national républicain recouvre la lutte pour la justice sociale. Face à la globalisation des économies, face à l’éloignement des élites dirigeantes, à l’affaiblissement de l’Etat national de maîtriser l’économie, se dessine l’appel à un Etat capable de refonder des rapports sociaux alors qu’ils se dissolvent dans un espace que plus personne ne semble contrôler. C’est dans la Nation retrouvée, dans la République, que l’on veut réassocier le capitalisme et la société, comme ce fut longtemps le cas dans la société industrielle. » p456

On touche ici du doigt de manière palpable les contradictions dans lesquelles s’inscrit aujourd’hui l’action politique. En effet, la configuration qui prône le repli sur l’espace national et l’Etat et dont les relais sont aussi bien à droite qu’à gauche, trouve un réel écho dans les catégories sociales qui se sentent menacées par le « changement ». Ces couches sociales très hétérogènes (petits entrepreneurs, secteurs protégés par l’Etat, de l’agriculture à de nombreuses couches de la fonction publique) partageraient une même conception de l’autonomie et de l’égalité, même si elles s’opposent sur le mérite et le fonctionnement de l’économie. Mais il existe aussi une autre configuration plus « libérale » (au sens politique).

« A droite, l’égalité est identifiée à l’égalité des chances et à la lutte contre les discriminations, alors que le mérite est celui des performances économiques, pendant que l’autonomie des individus est conçue comme un droit à la singularité et à l’identité. » « A gauche, on observe le même schéma libéral pour ce qui est de l’égalité des chances et de l’individualisme moral, mais le mérite doit être sérieusement pondéré par les protections sociales afin de ne pas exclure les plus faibles ; une forte redistribution doit préserver de la rupture. »

On reconnaît là, la « nouvelle gauche » qui s’est exprimée sous des formes diverses et qui reste très influente chez les Verts.

L’espace politique est donc aujourd’hui divisé non pas en deux blocs qui s’opposent(droite/gauche) mais en quatre qui se forment et se déforment au grès des alternances politiques. Et leur fragilité est donc particulièrement forte lorsqu’ils sont en charge des affaires gouvernementales (car dans l’opposition, il est toujours plus facile de s’unir autour d’un minimum). Remarquons d’ailleurs que les différents partis eux-mêmes sont divisés par des courants d’ampleur inégale qui sont le reflet de ces deux grandes configurations. Ce qui ne simplifie pas l’analyse politique !

Rôle du POLITIQUE du point de vue de l’ECOLOGIE Interrogeant la signification des trois piliers du « progrès » qu’étaient pour la « vieille gauche », ceux inscrits au fronton de la République : « Liberté-Egalité-Fraternité » notre ami Alain LIPIETZ écrivait [3] :

« Ils sont retravaillés, non plus sous l’éclairage du libéralisme individualiste et mécaniste des XVIIIè et XIXè siècle, non plus sous l’éclairage "énergéticien" et macro-social du XIXè-XXè siècle, mais à partir de ces nouvelles idées "auto-organisatrices".

Ainsi : La liberté devient autonomie, capacité de maîtriser sa propre trajectoire à l’échelle de l’individu ou d’un groupe auto-constitué ; L’égalité devient solidarité, rapport conscient et réflexif de la partie au tout ; La fraternité devient responsabilité de chacun envers tout et devant tous. Ce détour par le rapport très profond qu’entretiennent pour l’évolution des sciences, la conception du monde et les idéaux politiques pourra surprendre. Ne serait-il pas plus simple de poser : certains processus de la biosphère deviennent inquiétants, les sciences s’en mêlent, il se développe une écologie scientifique, et des esprits éclairés en tirent les conclusions en manière de gouvernement des humains ? Cette conception technocratique de l’écologie existe, n’en doutons pas. Mais je dirais qu’elle constitue, plus qu’une écologie politique, une trace, dans le domaine spécifique de la "politique de l’environnement", des modes de pensée et d’action hérités d’un âge révolu (productiviste et étatiste, justement). »

Comme on le voit à la lecture de ce bref extrait, il semble que du point de vue politique, l’apport de l’écologie soit surtout dans le troisième pilier. En effet, la responsabilité est aujourd’hui devenue la valeur qui doit permettre de construire les compromis politiques qui sont rendus nécessaires par la montée des périls qui menacent l’humanité en raison de l’imprévoyance des élites et de l’inertie des comportements individuels et collectifs, inertie d’autant plus grande que nous avons tous généralement plutôt bénéficié des effets du « progrès » technologique et scientifique. Elle semble également être en mesure de rompre avec la « ronde des critiques » qui menace de circularité tout point de vue demeurant purement individuel sur la justesse des efforts à entreprendre.

Encore faut-il que cette responsabilité soit précisée de manière à pouvoir être endossée par chacun d’entre nous et ne serve pas à se défausser sur l’air du « responsable mais pas coupable ».

Pour paraphraser Alain LIPIETZ ci-dessus, cette conception de la responsabilité est alors « technocratique » et n’a aucune chance d’être à la hauteur des défis que nous devons relever car elle ne permet pas d’impliquer les acteurs que nous sommes sinon sous l’angle de la sanction. Un pouvoir décrète l’étude de la solution, et des esprits éclairés en tirent les conclusions, etc. Cette manière de gouverner est pourtant celle qui prédomine encore aujourd’hui comme le prouve jusqu’à l’absurde l’exemple récent de la loi sur le CPE.

Elle se retrouve également dans la manière dont sont gouvernées la plupart desorganisations (entreprises, collectivités locales, partis politiques voire association et autres ONG lorsque celles-ci mettent entre parenthèses les valeurs qui les ont fondé).

Comme l’écrit François DUBET à propos des principes de justice, « il est vraisemblable qu’une société qui choisirait de privilégier un seul principe de justice aux dépens des autres serait totalement injuste. » p459

De même, une politique écologique qui choisirait d’ériger la responsabilité en formule technocratique oubliant de garantir l’autonomie des acteurs en ménageant des espaces de liberté ou qui renoncerait à la solidarité entre les groupes et les individus tournerait vite au cauchemar totalitaire.

Laissons ici encore une fois, pour conclure, la parole à François DUBET tant il écrit mieux que nous ne saurions le faire ce à quoi nous adhérons profondément :

« (…) l’individu apparaît comme une sorte de « micro-mouvement social », de mouvement minuscule qui en appelle à son corps, à ses sentiments, à son individualité, à sa dignité, à ses relations proches, afin de résister aux représentations de lui-même et aux divers contrôles sociaux qui le réduisent soit à ses rôles, soit à ses intérêts. Dans cette perspective, l’individu est à la fois un acteur social et un enjeu puisqu’il n’apparaît comme un sujet que dans la volonté ou le désir de se construire comme un sujet. C’est ainsi que nous avons vu les individus essayer de se former contre les injustices en affirmant leur propre valeur éthique et en construisant ce qui, pour eux, semblait être le bien. » p466

« De même que la société est une production continue, l’individu est une production de soi. Son « essence » est un travail sur soi et l’injustice est ce qui interdit ce travail : le mépris, l’épuisement, les tâches idiotes, l’incapacité d’adapter les règles au cas par cas et aux divers calendriers de vie, l’emprise excessive ou l’inutilité des formations. (…) L’individu étant, à la fois, l’accomplissement d’un programme de socialisation, une machine cognitive et une volonté d’autonomie, il faut apprendre à voir comment il s’y prend pour être un sujet. Et la bonne organisation, comme la bonne société est celle qui le soutient dans ce travail. » p467

N’y a-t-il pas là comme la quintessence de ce que doit être un programme d’écologie politique ? N’est-ce pas à ce programme que nous devons consacrer toute nos forces ?

Philippe Delvalée

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"Injustices - L’expérience des inégalités au travail" de François DUBET avec les contributions de Valérie CAILLET, Régis CORTESERO, David MELO et Françoise REAULT (Ed. du Seuil, 2006, 488 p., 23 euros)

Notes

[1] Au sens ici d’une forme métamorphosée de ...

[2] Voir Le nouvel esprit du capitalisme, 1999. On lira avec profit également sur cette question le dossier consacré au travail dans la revue Sciences humaines de Février 2007.

[3] Voir sa contribution à un colloque organisé il y a dix ans (1/11/1996), contribution publiée dans la revue « Transversales, sciences, culture » n°42.

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