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LeJDD.fr - Lundi 25 Août 2008 - Marie DESNOS

Tricastin : pourquoi ces fuites ?

Vendredi, Areva a annoncé qu’un défaut sur une canalisation d’une de ses filiales située à Pierrelatte (Drôme), avait provoqué jeudi une "petite fuite". Rien de grave, selon le groupe énergétique. Une preuve de plus qu’il faut fermer ces installations vétustes, selon le réseau Sortir du nucléaire, et en finir avec le nucléaire. Il s’agit du sixième incident de ce genre en moins de deux mois.

mardi 26 août 2008

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"Une petite fuite" radioactive a été détectée jeudi, par la société Comurhex, filiale d’Areva, à Pierrelatte, dans la Drôme... sur le site nucléaire de Tricastin. Une de plus, donc, puisqu’il s’agit du sixième incident de ce genre depuis début juillet. Celle-ci a été détectée sur une canalisation enterrée, qui n’était plus utilisée. Mais lors de travaux de modernisation de ce réseau, les ouvriers se sont aperçus qu’un clapet défectueux avait laissé passer des échantillons sortant d’un laboratoire d’analyse en direction d’une station de retraitement. Cette fuite peut être "estimée à 250 grammes d’uranium sur une période d’un an maximum", précise un communiqué de la préfecture de la Drôme. Cet incident a provoqué la colère du réseau Sortir du nucléaire, tandis qu’Areva se veut rassurante.

"Cette affaire ne fait que confirmer une fois de plus que les usines qui complètent les centrales nucléaires - celles qui fabriquent les combustibles par exemple (*) - sont obsolètes", dénonce Stéphane Lhomme, porte-parole de Sortir du nucléaire, contacté par le JDD.fr. "On découvre par hasard des fuites mais celle de Romans-sur-Isère mise au jour mi-juillet résultait d’une rupture de canalisation qui datait de plusieurs années. Et c’est certainement pareil pour cette fois. Les rejets toxiques s’infiltrent jusque dans les jardins des riverains, et contaminent l’environnement de manière permanente", pointe-t-il du doigt. "Nous dénonçons le discours optimiste des autorités, qui se veulent à chaque fois rassurantes pour la santé et minimisent les risques de tels incidents sans avoir les preuves de ce qu’elles avancent. C’est extrêmement grave. Ces rejets sont inadmissibles et probablement inquiétants pour la santé car ils polluent la nappe phréatique."

Une fuite de plus d’un an

Du côté d’Areva, on explique au contraire que la canalisation ne transportait que des "jus de rinçage, qui sortent des laboratoires et n’ont par conséquent qu’une teneur faible en uranium". "Il n’est pas question d’un quelconque optimisme de l’exploitant", explique Catherine Dalverny, chargée de communication chez Areva. "Après la déclaration d’incident, la Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement (Drire) et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ont réalisé une inspection réactive vendredi soir, et se sont exprimées sur le caractère environnemental mineur de la fuite. (...) Il n’y a aucun risque sur l’environnement et la santé. Si les autorités elles-mêmes se sont exprimées en ce sens, il n’y a aucune crainte à avoir...", ajoute-t-elle.

Thibaut Dauger, qui a participé à l’inspection de la Drire, a confirmé au JDD.fr que l’impact de la fuite semblait mineur. Mais il reste toutefois prudent, dans la mesure où des analyses du sol et de la nappe phréatique sont en cours. Interrogé sur l’absence de risque sur l’environnement et la santé, il a répondu : "nous attendons les résultats des analyses". L’installation incriminée est à l’arrêt durant toute la durée des contrôles approfondis et soumise à l’autorisation de la Drire pour redémarrage, a précisé la préfecture du Drôme. "Si nous n’avons pas de mauvaise surprise, nous n’irons pas plus loin et ne prendrons pas de mesure interdisant la consommation d’eau", a déclaré Thibaut Dauger. Selon lui, cette fuite daterait "au pire de 1981, date de la création de l’installation". "Mais c’est impossible", a-t-il ajouté, estimant toutefois qu’elle devait remonter à "plus d’un an". Il estime par ailleurs qu’elle aurait pu être évitée car elle résulte d’un "défaut de surveillance de certaines canalisations aériennes".

"Ça va fuir de partout !"

Interrogés sur la "série noire" que traverse Areva, Stéphane Lhomme l’explique par le vieillissement des installations. "Il se trouve que la majorité de ces installations vieillissent au point de devenir complètement obsolètes. On en arrive à un point où ça va fuir de partout !", s’exclame-t-il. Une affirmation réfutée par Catherine Dalverny. "En l’occurrence, il y a eu un défaut sur une canalisation. Et s’il y a bien une volonté du groupe d’investir pour pérenniser la sécurité de ses canalisations, il ne faut pas extrapoler", relativise-t-elle. Selon elle, Areva a "toujours communiqué de la même manière, n’a jamais caché quoi que ce soit et ne compte pas le faire. Des communiqués comme celui de vendredi, il y en a eu avant le 7 juillet. Mais depuis ce jour, date de l’incident de la Socatri [autre filiale d’Areva, qui avait rejeté accidentellement 74 kilos d’uranium dans l’environnement le 7 juillet, Ndrl], il y a eu un véritable coup de projecteur sur ce type de problème."

Pour Stéphane Lhomme, l’intérêt que suscitent ces fuites est légitime. "Faut-il attendre que de grosses catastrophes se produisent pour prendre les mesures qui s’imposent ?", s’interroge-t-il. Il préconise en effet purement et simplement la "fermeture de ces installations. Cela signifierait l’arrêt de la filière nucléaire mais c’est indispensable." Et de souligner qu’une "enquête préliminaire a été ouverte par la gendarmerie suite aux plaintes des riverains et associations - dont Sortir du nucléaire". Des plaintes dont n’avait pas connaissance Catherine Dalverny, qui croyait en revanche savoir que l’enquête avait été initiée par le procureur de Valence. "Elle va prendre plusieurs semaines. D’ici là, nous ne saurons rien de plus sur les conséquences de cette fuite", a précisé Stéphane Lhomme.

(*) La société Comurhex se charge de la phase de préparation chimique de l’uranium avant son enrichissement.

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