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Débandade sur le climat

par Daniel Cohn-Bendit, Yannick Jadot et Jean-Paul Besset

mercredi 17 décembre 2008

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L’accord des chefs d’Etat et de gouvernement européens sur le paquet climat-énergie et la conférence des Nations unies de Poznan le confirment : l’Union européenne, sous présidence française, n’a pas assumé le rôle attendu - et prétendu - de leadership mondial dans la lutte contre les changements climatiques. Les déclarations d’autosatisfaction des dirigeants européens cachent mal la triste réalité : les égoïsmes nationaux et les pressions économiques ont pris le dessus sur l’intérêt collectif et ont amputé les moyens qui auraient permis d’atteindre les objectifs climatiques et énergétiques qui s’imposent.

Le projet proposé par la Commission ne manquait pourtant pas de volontarisme : réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport à leurs niveaux de 1990 (de 30 % en cas d’accord international), porter la part des énergies renouvelables à 20 % de la consommation et réaliser 20 % d’économies d’énergie. A ce bloc des "3 × 20" s’ajoutait un projet de réglementation sur les émissions de CO2 des voitures, visant à leur réduction de 25 % d’ici à 2012 (avec un objectif de 120 g de CO2 par kilomètre parcouru).

Ce projet, à hauteur des enjeux, est quasiment réduit à néant. L’objectif de 20 % de réduction des émissions sera réalisé à près de 80 % par des actions en dehors du territoire européen, grâce au tour de passe-passe de la compensation carbone dans les pays du Sud. C’est finalement un objectif minuscule de 4 % de réduction des émissions que l’Europe s’assigne sur son territoire, entre aujourd’hui et 2020. En outre, l’absence d’objectif contraignant d’économies d’énergie et la perspective d’une nouvelle révolution énergétique et industrielle en Europe s’envolent, emportant avec elles plusieurs millions d’emplois qualifiés dans des secteurs aussi essentiels que le logement et les transports.

Le mécanisme mis en oeuvre pour aboutir à un tel recul s’apparente à une débandade en rase campagne. Alors que le projet initial prévoyait la mise aux enchères de 100 % des quotas d’émissions de CO2 alloués aux secteurs industriels polluants, le Conseil européen s’est transformé en bureau d’enregistrement des demandes d’exceptions et de dérogations de la part des lobbies industriels et nationalistes, sans qu’aucune étude d’impact sérieuse ait été préalablement réalisée. Si bien qu’au total, seules 4 % des entreprises européennes seront soumises au régime de quotas payants, 96 % y échappant !

C’est peu dire que l’innovation industrielle ne sera pas encouragée. Tout aussi grave, l’Europe se prive ainsi d’une source majeure de financement (plusieurs dizaines de milliards d’euros) pour adapter son économie, en particulier celle des Etats les plus handicapés énergétiquement, et pour aider les pays en développement à faire face aux changements climatiques.

Seul point positif dans ce paquet : l’orientation maintenue en faveur des énergies renouvelables, qui devrait permettre l’émergence d’une industrie puissante dans ce domaine et la création de très nombreux emplois qualifiés. A condition que les Etats ne freinent pas le dynamisme naissant au niveau national, comme la France tente de le faire avec l’éolien, en l’assommant de contraintes administratives injustifiées.

Enfin, la réglementation sur les émissions de CO2 des voitures a été totalement vidée de contrainte pour les dix ans qui viennent. Très largement amendé sous la pression des constructeurs allemands, l’objectif de 120 g de CO2 par kilomètre pour 2012 est passé à 160 g si l’on additionne les dérogations et les aménagements divers. Soit la moyenne des émissions aujourd’hui ! Le secteur automobile, l’un des plus polluants et le seul à voir ses émissions progresser rapidement, se voit récompensé pour son laxisme. Avec pareil rideau de fumée, l’Europe renonce à limiter à 2 °C le réchauffement de la planète afin d’éviter un emballement climatique catastrophique. Au contraire, elle s’inscrit dans une trajectoire insoutenable d’au moins + 4 °C d’ici à la fin du siècle.

Contre la transition du "3 × 20", c’est donc le modèle économique du "4 × 4" qui a gagné en Europe, celui d’une dépendance renforcée aux énergies fossiles, d’une incapacité à répondre aux crises climatiques, énergétiques, économiques et sociales. Emmené par Angela Merkel, Silvio Berlusconi et Donald Tusk, qui ont défendu jusqu’à la caricature les intérêts de leurs industries, et présidé par un Nicolas Sarkozy prêt à toutes les concessions dans le seul but d’obtenir un accord sous sa présidence, le Conseil européen a dépecé les propositions de la Commission et méprisé les votes du Parlement européen.

Il n’est dès lors pas surprenant que la conférence de Poznan soit aussi un échec. Elle a continué à creuser le fossé entre les pays riches, premiers pollueurs et principaux responsables du réchauffement climatique, et les pays du Sud, qui en sont les plus grandes victimes. Le fonds d’adaptation destiné à venir en aide aux pays démunis ne sera abondé qu’à hauteur d’une soixantaine de millions de dollars, une misère comparé aux besoins réels et aux sommes extravagantes octroyées au secteur bancaire.

Alors que les mois qui viennent seront décisifs pour l’avenir du climat, l’Europe, prise entre son conservatisme industriel et l’ego de ses dirigeants, a officiellement perdu son statut de leader mondial pour la protection de ce bien commun de l’humanité. Raison supplémentaire pour que la priorité écologique soit affirmée avec force lors des prochaines élections européennes.

Daniel Cohn-Bendit est député européen (Verts) ;

Yannick Jadot et Jean-Paul Besset sont membres du bureau exécutif de l’Alliance pour une Europe écologique.

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