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Agrandissement du centre commercial de la Toison d’Or

Genèse d’un projet très contesté

mardi 19 juillet 2011

Au coeur de la polémique qui entoure le projet d’agrandissement de la Toison d’Or - qui suscite même des prises de position différentes au sein de la droite dijonnaise, les uns votant pour, les autres opposant un recours contre l’agrandissement - les élus EELV ont souhaité faire un petit voyage dans le temps afin de mieux comprendre les enjeux. La Toison d’Or a aujourd’hui plus de 20 ans et si certains se souviennent des remous créés alors par le projet de Robert Poujade, d’autres n’en ont jamais entendu parler... Petit historique...
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Les quartiers de Pouilly en 1983 : derniers grands espaces de Dijon à urbaniser !

Vue aérienne Dijon pouilly

Inscrit dans le vaste projet d’aménagement des quartiers de Pouilly sur lequel la réflexion a débuté en 1983, celui de la création du Parc de la Toison d’Or a été présenté au public en 1987. Les quartiers de Pouilly apparaissaient alors comme l’un des derniers grands espaces à urbaniser du fait de sa situation idéale selon les critères de l’époque qui privilégiaient, entre autre, le tout-voiture :

  • l’avenue du Drapeau facilitant le déplacement sur les 3 km les reliant au centre ville
  • la proximité de la voie Georges Pompidou (rocade)
  • la future Liaison Inter-communale Nord Ouest (LINO)
  • la proximité des autoroutes A31, A26, A39

Carte projet aménagement cartier Pouilly

Le programme d’aménagement concerne 5 grands quartiers :

  • Deux quartiers d’habitation « Les Coteaux de Suzon » au sud-ouest de l’avenue de Langres, « Le Clos de Pouilly » au sud-est organisé autour du château éponyme.
  • Au nord, un parc technologique conçu pour accueillir des activités tertiaires de pointe, le parc de l’Europe pour l’implantation d’activités économiques.
  • Et « un vaste complexe d’envergure régionale, qui regroupe sur le même site commerces, services et loisirs ».

Inauguré le 10 avril 1990, le parc de la Toison d’Or se veut « le plus innovant d’Europe ».

projet toison parc et CC

Le parc de la Toison d’Or : le plus innovant d’Europe ?

L’ambition de Robert Poujade, maire de Dijon (de 1971 à 2001), est de créer un centre commercial moderne tel qu’il y en a peu alors en France. Ce projet doit concurrencer les 60 000m2 de surface commerciale de Quetigny, ainsi que les commerces des autres communes de l’agglomération (Chenôve, Marsannay-la-Côte).

Le parc de la Toison d’Or est organisé autour de deux pôles :

  • un ensemble commercial de 56 000m2 de surface de vente avec un hypermarché de 15 000m2 de surface de vente, des moyennes surface, 140 boutiques, une dizaine de restaurants, un centre aquatique couvert avec piscines à vagues, toboggans et un club de remise en forme, un hôtel 3 étoiles. L’ensemble est prévu pour recevoir 20 000 personnes et est desservi par un parking de 3 800 places sur deux niveaux.
  • un parc de loisirs de 12 ha desservi par un parking de 1200 places

Le protocole d’accord signé le 22 juin 1987 prévoit une répartition des réalisations entre 3 partenaires : la ville de Dijon, Espace Expansion Promotion et la Lyonnaise des Eaux. L’espace Expansion prend en charge la réalisation du centre commercial, la Lyonnaise des Eaux le parc aquatique et le parc de loisirs de 12ha. Reste à la ville de Dijon la construction des infrastructures primaires afin de desservir le site contre une participation d’Espace Expansion promotion. La mairie consent également à la Lyonnaise des eaux un bail emphytéotique de 40 ans moyennant un loyer annuel progressif qui devait couvrir en totalité les frais engagés par la ville.

Ce protocole très particulier entre Espace Expansion Promotion, la Ville de Dijon et la Lyonnaise des Eaux - dont l’intervention dans la construction d’un parc de loisirs et d’un centre aquatique paraît pour le moins surprenante – est à mettre en regard avec la privatisation de l’approvisionnement en eau et de son traitement décidée par la municipalité en 1991. Car il se trouve que c’est la Lyonnaise des Eaux-Dumez qui obtient la délégation de gestion de service public, sans appel à concurrence ! En échange, la Ville de Dijon a perçu la somme de 200 millions de francs « à titre de droit d’usage de l’ensemble des installations publiques ». Nul doute que, depuis 20 ans, la multinationale n’ait récupéré cette importante mise de fond initiale, via les tarifications et abonnements payés par les milliers d’usagers. [1]

Au bout de 6 mois d’exploitation, le parc d’attraction est en faillite et 3 ans plus tard, en 1993, il se déclare en cessation de paiement. La Ville de Dijon doit supporter la charge d’un parc qui n’a jamais été rentabilisé et son réaménagement en parc consacré à la détente, au sport, atteint un coût de 2 650 000 francs qu’il faut ajouter aux investissements préalablement effectués pour le parc de loisirs. Selon l’opposition, la Ville aurait investi 20 millions de francs au total dans le parc, même si les sommes n’apparaissent pas en tant que telles dans les documents budgétaires puisqu’intégrées dans les budgets « Voiries » et « Espaces Verts ». La municipalité de l’époque revendique la somme de 11 millions de francs correspondant à la construction d’un parking de 1200 places, la réalisation et l’entretien des espaces verts, la construction d’un mur anti-bruit.

image parc

Au total, l’opposition de l’époque estime que l’opération globale a coûté à la Ville 140 millions de francs.

Un projet loin de faire l’unanimité

Afin de répondre à l’inquiétude des commerçants du centre-ville, Robert Poujade leur promet la construction d’un parking souterrain place de la Libération, puis sous les halles. Ces deux premiers projets n’étant pas réalisables en raison de la présence de vestiges archéologiques, c’est la Place Darcy qui accueillera ce parking.

Ce projet de centre commercial et de centre de loisirs ne faisait pas l’unanimité dans les années 1990 et les arguments de l’opposition d’alors auraient pu être les nôtres :

  • d’une part, l’agglomération dijonnaise était déjà au premier rang pour le nombre de m2 de surfaces commerciales par habitant pour les agglomérations de plus de 200 000 habitants ! 360 000m2 : c’était la surface commerciale de l’agglomération au début des années 1990 ! Les élus socialistes tirent la sonnette d’alarme : « les grandes surfaces après avoir fait disparaître bien des commerces de proximité dans les quartiers menacent directement ceux du centre-ville. »
  • d’autre part, les concurrences entre la ville-centre et la banlieue, entre les communes de l’agglomération (Dijon contre Quetigny, contre Chenôve etc.) n’avaient pas lieu d’être. Créer une une coopération, une complémentarité entre les communes aurait été une stratégie de développement plus intéressante...

Agrandissement du centre commercial de la Toison d’Or : toujours plus ?

Depuis, le centre commercial a fait l’objet de plusieurs demandes d’agrandissement toutes rejetées jusqu’au projet d’agrandissement présenté le 30 juin 2011 devant la Commission Départementale d’Aménagement Commercial qui a donné un avis favorable : 11 000m2 de surfaces supplémentaires avec la création de 4 boutiques, de 9 moyennes surfaces et 39 cellules et kiosques, 3 nouveaux points de restauration.

Cela nous amène à nous poser la question du bien-fondé de ce projet d’agrandissement.

Notes

[1] cf. L’empire de l’Eau, Yvan Stéfanovitch, Ramsay, 2005

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