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Faut-il agrandir la Toison d’Or ?

Regard critique sur les argumentaires

mardi 19 juillet 2011

En 2011, la problématique concernant le centre commercial de la Toison d’or est différente de la fin des années 1980 : le centre commercial est bien là. Il a vieilli et n’est plus novateur. Il apparaît d’ailleurs qu’il y a trop de centres commerciaux de ce type. La question peut se poser en plusieurs termes. Faut-il le rénover en l’agrandissant ? Le rénover ? Pourquoi pas ?... L’agrandir ? Pas sûr...
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La décision a déjà été prise par la Commission Départementale d’Aménagement du Commerce (CDAC) et les travaux débuteront à l’issue de l’enquête publique (qui a lieu du 6 juin au 6 juillet 2011).

Nous sommes intervenus à plusieurs reprises lors de réunions et de discussions au sein des collectivités dans lesquelles nous siégeons. Le projet d’agrandissement de la Toison d’Or présente différents aspects qui jouent en sa défaveur ou en sa faveur. Nous avons élaboré une réflexion sur ce projet, sur les nécessités auxquelles il peut répondre – par exemple, la rénovation du centre pour une meilleure efficacité énergétique – et sur les problèmes qu’il met à jour. Finalement, ce projet s’inscrit dans une réflexion plus globale concernant concrètement l’aménagement du territoire et son développement.

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L’argumentaire environnemental

Le projet d’extension présenté par le groupe Unibail-Rodamco se veut une extension respectueuse du développement durable. L’argumentaire développé est conforme à l’affichage : maîtrise et réduction des consommations énergétiques du centre et des émissions de CO2, diminution du taux de motorisation des visiteurs grâce à la desserte du tram, aménagement d’accès piétons et vélos, développement du covoiturage, réduction de la consommation d’eau, valorisation des déchets, reconstitution de la trame végétale dans le respect de l’EcoPLU... D’ailleurs la fermeture du parc aquatique est une bonne nouvelle pour la lutte contre le gaspillage de l’eau et contre les déperditions d’énergie...

En même temps, il y a la création de 250 nouvelles places de parkings à destination, notamment, des visiteurs venus des départements limitrophes, la Haute-Marne, la Haute-Saône... Peut-être profiteront-ils du développement du covoiturage, mais il est peu probable qu’ils puissent profiter des transports en commun pour venir faire leurs emplettes ; sans compter les coûts exponentiels du prix de l’essence qui impactent les ménages dont le contenu du porte-monnaie se raréfie du fait du blocage des salaires.

Le terme « développement durable » employé par le groupe dans son argumentaire mérite qu’on s’y arrête. Selon la définition proposée en 1987 par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement dans le rapport Brundtland, c’est « un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations à répondre aux leurs. » En l’occurrence, le terme de développement soutenable est nettement plus pertinent de par ce qu’il signifie : c’est le développement qui prend en compte ce que notre environnement peut supporter sur le long terme. Quoi qu’il en soit, le développement durable n’est pas uniquement la réalisation d’économies d’eau ou d’énergie qui légitimerait l’objectif fixé : booster la consommation. Les centres commerciaux connaissent une période difficile avec une diminution de leur fréquentation et une perte de chiffre d’affaire de l’ordre de 2% par an. Or, la réponse proposée consiste à développer une nouvelle offre afin de développer la demande dont on voit bien l’impasse à laquelle cela aboutit. La réponse à cette désaffection doit porter sur la qualité de l’offre : il ne s’agit pas de consommer toujours plus et n’importe quoi, mais de consommer mieux et de qualité.

Or la politique de développement de centres commerciaux, tels que ce lui de la Toison d’Or, ne permet pas l’installation de commerces indépendants, éthiques. Le prix des loyers est tel, que seules les grandes chaines sont capables de les assumer.

Un centre commercial qui regroupe commerces et services intégré dans un quartier nouveau de 4 700 logements et 12 000 habitants...

Nous préférons privilégier le développement de commerces indépendants, de proximité, dans les quartiers, dans les écoquartiers selon les préconisations de l’Eco-PLU de Dijon par exemple, en cohérence avec l’approche du développement soutenable. Or, l’extension du centre commercial ne facilitera pas leur installation ou leur pérennisation. Faut-il rappeler que, dans un quartier, ce qui crée du lien, que ce qui crée une vie de quartier, du dynamisme, ce n’est pas le centre commercial limitrophe...

Le développement ne se fait pas au détriment du centre-ville, mais permettra d’amener grâce au tramway une clientèle venue d’autres départements ?

Le chiffre d’affaire du centre-ville de Dijon représente 15% du chiffre d’affaire de l’agglomération versus 17 à 20% dans les agglomérations de même taille. Il est difficile de déterminer ce qui pourrait être imputable à un éventuel manque de dynamisme du centre-ville, à une concurrence manifeste des centres commerciaux en périphérie, ou même à la crise économique qui a forcément des répercussions sur les achats des ménages et sur le type de commerce fréquenté.

Par ailleurs, lorsque l’on considère les enseignes qui occupent les centres commerciaux et les centre-villes on constate qu’elles sont souvent les mêmes, encore plus souvent celles de grandes chaines. Il faut noter que la densité commerciale de Dijon est relativement élevée si on la compare à d’autres agglomérations de taille similaire.

On compte environ 2400 établissements, soit près de 590 000m2 de surfaces de vente dont 350 000m2 sont des grandes surfaces. Cela donne 1970m2 pour 1000 habitants : chaque habitant de l’agglomération dispose de 20m2 de commerces !

Déjà en 2006, l’agglomération affichait une densité commerciale supérieure aux autres agglomérations : 493 commerces alimentaires dont les 2/3 sont des super/hypermarchés contre 399 commerces à Metz, 359 à Orléans qui compte pourtant davantage d’habitants... Au total, plus 1500 commerces, quand Metz en compte 1422 et Orléans 1133...

Au niveau du centre ville, il faut aussi souligner les baux prohibitifs et peut-être l’absence de politique volontariste en faveur d’une offre commerciale de qualité et éthique.

Enfin, la qualité de vie dans une ville tient-elle à la profusion de son offre commerciale ? Une offre multipliée permet-elle aux habitants de vivre mieux, d’être plus heureux ? Ne génère-t-elle pas une frustration dans cette période de crise ? Et quand nous donnerons-nous les moyens de privilégier le qualitatif sur le quantitatif ?

Développer l’attractivité du territoire : la clientèle ciblée – les départements voisins...

Le taux d’emprise des commerces de l’agglomération dijonnaise est de 93%. Cela veut dire que l’offre commerciale satisfait les dijonnais et que seuls 7% éprouvent le besoin d’aller dans d’autres agglomérations pour effectuer des achats. Toutefois cette évasion est-elle-même compensée par une attractivité de 7%, c’est à dire des personnes habitant en dehors de l’aire urbaine de Dijon et venant y faire des achats. Vouloir faire venir davantage de clients habitant loin de Dijon, soit dans les départements limitrophes est en complète contradiction avec l’approche écologique du développement économique et de l’aménagement du territoire :

  • La compétition entre territoires au détriment de certains. Est-ce que le commerce côte d’orien doit se développer sur celui de la Haute-Marne, de la Haute-Saône ? Dans la mesure où l’argent public est sollicité, la moindre des chose est de solliciter l’avis des représentants des autres départements.
  • Les déplacements nécessaires pour se rendre dans ces grands centres commerciaux ne tiennent pas compte de la paupérisation générale et de la diminution du pouvoir d’achat décrétée par ailleurs avec la modération salariale.

Les commerçants dijonnais et les différents acteurs économiques sont d’ailleurs conscients des implications et conséquences de ce nouveau projet qu’ils ont évoqué lors d’un dîner-débat en juillet 2011 (forumeco.com, elitimage.com). [1]


Historique du projet de centre commercial de la Toison d’or

Notes

[1] Cf. Journal du Palais, 11 au 17 juillet 2011.

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